
Quand on parle de performance et de qualité de portée sur le terrain, la truie est au centre du débat – à juste titre. Génétique truie, état corporel, conduite des chaleurs, alimentation, santé et conduite à la mise bas déterminent l’essentiel du résultat. Pourtant, un second point vaut la peine d’être étudié : le verrat utilisé en insémination peut aussi avoir une influence mesurable sur le nombre de porcelets nés vivants. Cet effet du verrat (service-sire effect) n’est pas un levier miracle, mais une brique supplémentaire que les programmes de sélection modernes peuvent utiliser de façon ciblée.
Que signifie « effet du verrat » en pratique ?

Par effet du verrat, on parle d’une influence du père sur des caractères autour de la mise bas – en particulier le nombre de porcelets nés vivants. Sur le plan biologique, plusieurs mécanismes peuvent intervenir : qualité et stabilité de la fécondation, développement embryonnaire précoce, ou facteurs qui ne s’expriment qu’après la fécondation. Pour l’éleveur, l’essentiel est : comparé à l’effet de la truie, l’effet du verrat est faible, mais il peut devenir visible lorsque chaque verrat est utilisé sur un grand nombre d’accouplements.
Les données terrain valent de l’or – à condition de bien les lire
Aujourd’hui, on produit plus de données de reproduction que jamais – non seulement dans les élevages de sélection, mais aussi dans de nombreux élevages de production standart. Les centres d’insémination et les organisations de producteurs contribuent à enregistrer systématiquement les données de saillie et de mise bas, à les vérifier et à les rendre exploitables pour des analyses. C’est un progrès important : plus on rassemble de données provenant d’élevages différents, plus on a de chances de détecter des corrélations.
Mais lorsqu’on parle de petites corrélations, la structure des données détermine la solidité des conclusions. Sur le terrain, les répartitions sont souvent déséquilibrées : le Piétrain est depuis des années la race dominante pour la voie male, tandis que l’utilisation renforcée de génétique Duroc a nettement augmenté dans de nombreuses régions depuis quelques années. S’y ajoutent des conditions d’analyse qui raréfient encore les données – par exemple lorsqu’on ne retient que les élevages utilisant plusieurs types de verrats en parallèle, afin de rendre les comparaisons plus équitables. Enfin, les données se répartissent souvent entre différentes origines paternelles, origines maternelles, parités et niveaux de conduite. Sans correction rigoureuse, un supposé effet de race ou de père peut rapidement être surinterprété.
La conséquence est pragmatique : les données terrain montrent ce qui se passe en conditions réelles. Mais pour orienter des décisions de sélection, il faut des modèles capables de dissocier l’effet du verrat de l’effet de la truie, de l’influence de l’élevage et des tendances environnementales – afin de transformer des observations en décisions de sélection robustes.
Que montrent de grands nombres de données issues du programme de sélection PIC ?
C’est précisément ce processus que des chercheurs PIC ont réalisé dans une analyse scientifique de grande ampleur. L’effet du verrat a été estimé comme une composante génétique à part entière – sur la base d’environ 80 000 portées, d’environ 40 000 truies et près de 1 600 verrats utilisés en insémination issus de trois lignées de verrats terminaux, sur la période 2020 à 2024. L’élément déterminant n’est pas seulement le nombre de portées, mais la profondeur de l’information génétique associée : pour les verrats évalués, des pedigrees couvrant environ 8 millions d’animaux enregistrés dans la base de données sont disponibles ; et parmi eux, environ 450 000 sont génotypés.
Cela explique pourquoi un petit effet peut malgré tout devenir exploitable : avec de grands volumes de données correctement reliées (données élevage + pedigree + génotypes) et l’expertise adéquate, il est possible d’identifier de façon fiable de petites différences génétiques – puis de les intégrer dans le programme de sélection.
L’étude PIC a montré :
- Héritabilité de l’effet du verrat (service-sire effect) sur les porcelets nés vivants/portée : 0,01 – 0,03
- Héritabilité de l’effet truie sur les porcelets nés vivants/portée : 0,09 – 0,15
- Corrélations génétiques entre effet du verrat et effet truie : de légèrement négatives à modérément positives (selon la lignée terminale)
- Des différences allant jusqu’à 2 % sur le nombre de porcelets nés vivants ont été observées.
Traduction pour la pratique : oui, l’effet du verrat existe sur le plan génétique – mais il est faible. Justement pour cette raison, il se prête bien à une sélection systématique et pilotée par les données : beaucoup de portées par verrat, correction claire pour l’élevage/le mois/le rang de portée, et séparation rigoureuse des influences environnementales.
Qualité de la semence : importante, mais pas uniquement
Sur le terrain, il est logique d’expliquer les différences entre verrats d’abord par la qualité de la semence. Des caractères comme la mobilité ou les anomalies morphologiques se mesurent très bien dans les données des laboratoires des centres d’insémination et sont sélectionnables.

- Les caractères de semence sont modérément héritables (motilité env. 0,10 – 0,12 ; anomalies morphologiques env. 0,17 – 0,28).
- Le lien avec l’effet du verrat (service-sire effect) sur les porcelets nés vivants/portée est toutefois faible, même s’il va dans le bon sens (mobilité légèrement positive, anomalies légèrement négatives).
Pour la taille de portée, cela signifie : que la qualité de semence est importante (et bien sélectionnable), mais elle n’explique qu’une petite partie de l’effet du verrat sur la taille de portée. Se limiter à la mobilité/la morphologie peut conduire à passer à côté de familles paternelles qui paraissent « sans particularité » sur le plan reproductif, mais qui produisent en moyenne un peu moins de nés vivants. La valeur ajoutée apparaît lorsque les données des stations et les données de mise bas sont regroupées et analysées avec une approche génétique correcte.

Pas de « gène interrupteur », mais un travail de sélection rigoureux
Les caractères de fertilité sont généralement polygéniques : de nombreux gènes contribuent chacun pour une petite partie. C’est typique – et c’est précisément la raison pour laquelle les programmes de sélection modernes s’appuient sur l’estimation des valeurs génétiques et la génomique. La mise en œuvre ne passe donc pas par « un gène » ou « un mythe autour d’un verrat », mais par une démarche rigoureuse : mesurer, modéliser, sélectionner et suivre, génération après génération.
Mise en œuvre dans le programme de sélection PIC
La différence entre « en parler » et « le mettre en pratique » tient à la cohérence du programme de sélection. Si l’effet du verrat est estimé comme une composante distincte, il devient possible d’identifier des familles paternelles ayant une influence défavorable et de réduire leur utilisation de manière ciblée – tout en mobilisant systématiquement les lignées favorables. C’est le cœur de la sélection moderne : une addition de nombreux petits pas sûrs qui, avec le temps, se traduisent par un progrès mesurable.
Le caractère « qualité de semence » fait partie de l’index depuis plus de 10 ans. Lors de la mise à jour annuelle de l’index à l’été 2025, PIC a désormais intégré le nouveau caractère « effet du verrat (sur la taille de portée) » dans la routine hebdomadaire d’estimation des valeurs génétiques.
Effet du verrat : qu’est-ce que cela change pour l’éleveur ?
- Le principal levier reste la truie (génétique + conduite). Le verrat apporte toutefois une contribution supplémentaire, mesurable.
- Les cas isolés peuvent tromper : avec de petits effets, il faut beaucoup de portées – sinon, le hasard l’emporte.
- La qualité de l’enregistrement fait la différence : parité, nés vivants/morts nés, homogénéité des portées, pertes au sevrage et événements sanitaires doivent être consignés avec précision.
- Faire remonter les données : plus les élevages et les stations de sélection structurent leurs données, meilleures sont les analyses – et plus les décisions de sélection gagnent en précision.
Le principal levier reste la truie (génétique + conduite). Le verrat apporte toutefois une contribution supplémentaire, mesurable.
- Les cas isolés peuvent tromper : avec de petits effets, il faut beaucoup de portées – sinon, le hasard l’emporte.
- La qualité de l’enregistrement fait la différence : parité, nés vivants/morts nés, homogénéité des portées, pertes au sevrage et événements sanitaires doivent être consignés avec précision.
Faire remonter les données : plus les élevages et les stations de sélection structurent leurs données, meilleures sont les analyses – et plus les décisions de sélection gagnent en précision.
Conclusion
L’effet du verrat sur la taille de portée ne remplace pas une bonne conduite d’élevage ni des lignées femelles solides – mais c’est une composante de sélection supplémentaire, visible dans de grandes bases de données correctement reliés. Là où données, pedigrees, génotypes et savoir-faire d’analyse se rencontrent, cet effet peut non seulement être décrit, mais aussi mis en œuvre de façon cohérente dans la sélection et le programme d’amélioration génétique. Pour l’éleveur, cela signifie : moins de discussions sur des cas isolés – davantage de décisions fiables fondées sur les données.